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18 juin 2015

Frères d'armes

Ils se retrouvent après 70 ans

Après avoir combattu au cours de la Seconde Guerre mondiale, Gérard Boivin et Jacques Viger ne s’étaient jamais revus. Ils ont été réunis cette semaine à la Légion canadienne de Saint-Jérôme.
Yves Généreux, aussi vétéran, pose avec les deux vétérans de la Deuxième Guerre Mondiale, Jacques Viger et Gérard Boivin.
Yves Généreux, aussi vétéran, pose avec les deux vétérans de la Deuxième Guerre Mondiale, Jacques Viger et Gérard Boivin.
© NICEPHOTO
Après avoir combattu au cours de la Seconde Guerre mondiale, Gérard Boivin et Jacques Viger ne s’étaient jamais revus. Ils ont été réunis cette semaine à la Légion canadienne de Saint-Jérôme.

«Nous avons décidé de retrouver les vétérans de la Deuxième Guerre mondiale dans le cadre du 70e anniversaire de la fin de la guerre. Une demie douzaine de vétérans seront réunis en août prochain dans le cadre du Festival classique des Hautes-Laurentides lors du concert du royal 22e Régiment le 1er août à l’église Saint-Jovite au village de Mont-Tremblant», souligne Yves Généreux, vice-président du festival et qui a été militaire durant 41 ans.

Comme si c’était hier

Les deux vétérans de 92 ans étaient heureux de se retrouver, mais ils se sont d'abord assurés qu’il s’agissait bien d’un frère d’armes qu’il rencontrait. Le temps ayant fait son œuvre, ils s’étaient vus la dernière fois alors qu’ils n’avaient que 22 ans. Après vérification, les deux hommes se sont rappelés avec plaisir de bons et de moins bons souvenirs.

On n’aurait pas voulu que nos familles vivent la guerre.
Jacques Viger, vétéran

Gérard Boivin de Saint-Jérôme et Jacques Viger de Nominingue sont les deux seuls survivants de la bataille d’Italie du Royal 22e régiment. «Nous avons tous deux subi des blessures graves. Nous avons reçu une bombe, j’ai perdu un oeil et des doigts», explique M. Boivin. «Moi, j’ai été deux ans à l’hôpital en Italie, ma blessure a tourné à la gangrène, j’avais 18 ans», raconte M. Viger. Mais tous deux ont la même fierté dans le regard d’avoir survécu et empêché les Allemands de venir au Canada. «On n’aurait pas voulu que nos familles vivent la guerre», explique Jacques Viger.

Sommes bien modestes

Ils se souviennent qu’on leur versait un salaire de 1,50 $ par jour, payé deux fois par mois, le 15 et le 30 du mois. «Ce n’était pas payer cher pour tuer du monde», lance M. Viger.

Il relance son confrère : «Tu te souviens, on nous fournissait des préservatifs et nous, on les revendait. On n’était pas des cadeaux». «Lorsqu’on arrivait dans les champs de bataille, les Allemands avaient peur de nous, ils nous appelaient les reds devils», ajoute M. Viger. Il poursuit : «on creusait des trous pour se protéger des éclats d’obus la nuit. Il y avait un gars à côté de moi qui pleurait, il s’ennuyait de sa famille. Je lui disais «Tais-toi, les Allemands vont nous entendre et moi aussi je pleurais, on avait tout juste 18 ans, se souvient-il en essuyant une larme. «On a vu un enfant de neuf ans se faire tuer par les Allemands. On était enragé et au lieu de se cacher, on est sorti. On a perdu beaucoup d’hommes lors de cet événement», se souvient M. Boivin.

Un sujet tabou

Ils ont vécu la guerre, sont revenus à l’âge de 22 ans, on fait leur vie et jusqu’à récemment, n’ont pas parlé de ce qu’ils ont vécu là-bas. «Dans ma famille, j’ai un frère qui est mort au combat, en Normandie et on n’en a jamais parlé. Dans la famille, on n’a jamais parlé de ça. Avec le 70e anniversaire de la fin de la guerre, on nous demande de nous raconter et ça fait du bien», explique, M. Boivin.

«Ces hommes sont une richesse pour l’histoire. Ce sont des encyclopédies vivantes pour le patrimoine militaire. Ce sont des héros», conclut Yves Généreux, instigateur de cette rencontre.

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