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5 décembre 2017

Optimisation informatique, automatisation, interconnectivité

Comment Internet haute vitesse va transformer le Nord

Le branchement des Hautes-Laurentides à Internet haute vitesse entre 2018 et 2021 va réellement faire basculer la région dans l’ère de l’automatisation et de l’interconnectivité. À quoi doit-on s’attendre? Un texte de Simon Dominé - Le Courant des Hautes-Laurentides

Comparable à l’arrivée du train il y a un siècle, le déploiement d’Internet haute vitesse aura un impact majeur sur la transformation du paysage socioéconomique des Hautes-Laurentides.
Comparable à l’arrivée du train il y a un siècle, le déploiement d’Internet haute vitesse aura un impact majeur sur la transformation du paysage socioéconomique des Hautes-Laurentides.
© Pexel.com

« L’ensemble de l’intelligence planétaire se développe par interconnectivité, alors quand on n’est pas interconnecté, on est comme une cellule à part qui vit dans un ancien temps », illustre le directeur général du Centre local de développement (CLD) d’Antoine-Labelle, Frédéric Houle.

Pour le président du Comité Internet à la MRC d’Antoine-Labelle et maire de Chute-Saint-Philippe, Normand St-Amour, jusqu’au 27 novembre dernier la question dans la région n’était plus de savoir combien de personnes ne s’installeraient pas ici sans Internet haute vitesse, mais plutôt combien allaient partir.

Le déploiement de 1 900 km de fibre optique afin de desservir jusqu’à 16 478 foyers entre 2018 et 2021 aura autant d’impact sur le paysage socioéconomique des Hautes-Laurentides que la construction du chemin de fer au siècle dernier. « Internet haute vitesse, c’est un accès de communication, pense M. Houle. Les territoires se développent à cause des accès, alors c’est une grande carte dans notre jeu et il va falloir la faire valoir. »

Internet haute vitesse au fond du bois

À peine la région avait-elle reçu la nouvelle que le projet de 47 millions de dollars « Brancher Antoine-Labelle » recevait le soutien décisif des gouvernements provincial et fédéral que le premier impact concret se faisait sentir avec la naissance de la coopérative de télécommunication d’Antoine-Labelle. Chargé d’opérer le réseau qui sera construit, l’organisme comptera une quinzaine de travailleurs et représentera une masse salariale d’1 million de dollars. Ces nouveaux emplois spécialisés auront des effets démultiplicateurs sur l’économie régionale.

« En 2021, Internet est disponible dans le fond des bois au bord du lac, où t’as ton quai, ton bateau, ta petite chaise et ton hamac, mentionne M. Houle. Tu peux avoir ton ordinateur sur les genoux et être branché à Hong-Kong. Ça va rendre nos 3 800 lacs et rivières accessibles. Actuellement, il y en a 20 à 40 qui sont vraiment prisés, où il y a de la pression autour, parce qu’il y a Internet et les services. Mais là, il y a des places qui deviennent “cool” automatiquement. »

Redynamisation du territoire

Le maire St-Amour partage ce point de vue et croit que la possibilité d’effectuer du télétravail aura un impact majeur sur la revitalisation des municipalités rurales comme la sienne et l’occupation dynamique du territoire haut-laurentien. « Au lieu d’avoir la petite croissance normale de six constructions sur quatre ans, moi je prévois une hausse de constructions, mais surtout une grande hausse des résidents permanents dans tous les villages, explique-t-il. Quand Internet va être là, en-dedans de quatre ans on va augmenter d’au moins 10% le nombre de résidents permanents. »

Retour au bercail de personnes natives de la région, arrivée de nouvelles familles fuyant les grands centres urbains pour une meilleure qualité de vie en région ou d’immigrants qualifiés et / ou fortunés en quête de nouvelles opportunités ou d’investissements : entreprises, villages et écoles vont récolter les fruits du projet « Brancher Antoine-Labelle ».

Le directeur du CLD observe lui aussi qu’« Actuellement, les masses populeuses des centres ont Internet et il y a une densification de la population dans ces centres-là, parce que les gens, quand ils choisissent leur lieu de résidence, veulent un accès Internet. Voilà 25 ans, on n’aurait pas nécessairement été se construire où il n’y avait pas d’électricité. Maintenant, on ne va pas se construire où il n’y a pas Internet. Je globalise, mais les gens qui se construisent une maison aujourd’hui, c’est ça. Ceux qui n’ont pas ce réflexe-là, ce sont plus les personnes âgées qui vendent leurs maisons ».

Vers la transformation des emplois

L’arrivée d’Internet haute vitesse signifie également une accélération de l’optimisation informatique, de l’automatisation du travail et de l’inter connectivité. « Les emplois changent », prévient M. Houle, en évoquant Internet 4.0, une opportunité selon lui d’« amener la technologie au service de l’Homme ». Robots de traites dans les fermes, véhicules automatisés et interconnectés, chargeuses en forêt commandées à distance depuis les usines, gestion électronique et synchronisée des inventaires, etc., … Le directeur général du CLD multiplie les exemples pour montrer à quel point le projet « Brancher Antoine-Labelle » est porteur de changements structurels pour l’économie régionale.

Il s’attend notamment à ce que les entreprises puissent profiter de ce nouvel élan pour faire face aux problématiques de main-d’œuvre qui les affectent déjà. « La population active est en déclin démographique, rappelle-t-il. Le Québec n’est pas 100 % prêt à accueillir la main-d’œuvre immigrante à profusion. Pour que nos entreprises restent compétitives, on doit soit leur fournir de la main-d’œuvre, soit de l’automatisation. Et la main-d’œuvre actuellement, c’est un peu utopique. Au Québec, au Canada, aux États-Unis, la main-d’œuvre, c’est dur. C’est pas un problème local, c’est un problème mondial. »

L’assemblée générale d’organisation: le 11 décembre

C’est un rendez-vous pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent participer à la création de la Coopérative de télécommunication d’Antoine-Labelle. Son assemblée générale d’organisation aura lieu le 11 décembre, à compter de 18 h, à l’Espace Théâtre de Mont-Laurier.

Depuis l’automne, la coopérative est dirigée par un comité provisoire qui s’est attelé à la rédaction des règlements généraux jusqu’à l’élection du conseil d’administration lors de l’assemblée générale d’organisation.

Ouverte à tous ceux qui souhaitent devenir membres de la coopérative, la réunion en tant que telle débutera à 19 h. Les portes seront cependant ouvertes dès 18 h, afin de permettre à tous les intéressés de remplir leur formulaire d’adhésion et de s’acquitter en argent comptant de leur part de qualification de 20$.

Aucun service avant le printemps 2019

Fait important à noter : ceux qui deviendront membres de la coopérative le 11 décembre devront quand même faire preuve de patience avant d’avoir accès aux services d’Internet haute vitesse, de téléphonie et de télévision dans leur foyer. En effet, le colossal projet « Brancher Antoine-Labelle » prévoit de déployer 1 900 km de fibre optique sur le territoire municipalisé de la MRC d’Antoine-Labelle. Le déploiement du réseau par la Coopérative de télécommunication d’Antoine-Labelle devrait en fait s’effectuer entre l’automne 2018 et le printemps 2021. Aucun membre ne pourra donc avoir accès aux services avant le printemps 2019. Il faudra d’ailleurs attendre les relevés d’ingénierie à l’été 2018 pour connaître l’ordre de déploiement du réseau par secteurs.

En 2021, le réseau devrait desservir 16 478 des 16 901 foyers et commerces qui, actuellement, n’ont pas accès à Internet haute vitesse, soit un taux de branchement de 97,5 %. Les membres de la coopérative pourront bénéficier d’une vitesse de connexion pouvant aller jusqu’à 150/60 mbps. 

À noter que la part de qualification de chaque membre est remboursable et que ceux qui n’assisteront pas à l’assemblée générale d’organisation de la coopérative auront bien évidemment le loisir d’en devenir membre par la suite.

« Le travail commence »

« Le travail commence », a prévenu la directrice générale de la MRC d’Antoine-Labelle, Mylène Mayer, le 1er décembre, après une « semaine chargée ».

Elle rappelle que « depuis le début, on fonctionne comme si le projet allait marcher. On a eu un bon soutien de la communauté et les élus municipaux nous ont donné les moyens financiers nécessaires pour arriver à quelque chose.

Pour le député de Laurentides-Labelle, David Graham, « la MRC d’Antoine-Labelle va faire la preuve qu’on n’a pas besoin des entreprises privées pour déployer Internet haute vitesse sur le territoire », en rappelant qu’en 2017, Internet, ce n’est plus un luxe mais une infrastructure aussi importante que les routes.

Aux yeux du président du Comité Internet à la MRC d’Antoine-Labelle, Normand St-Amour, une coopérative « c’est la bonne façon de faire ». Pourquoi? « Parce que pour avoir le service, il va falloir que tu sois membre, répond M. St-Amour. La coopérative va appartenir à tous les utilisateurs. À partir de là, tu as ton mot à dire sur la qualité du service et les frais vont être beaucoup moindres. Ce qu’on prévoit, c’est qu’ils vont être très en dessous de ce qu’on pourrait offrir. Tu contrôles ton service, tu contrôles tes coûts, ça t’appartient et les emplois restent ici. »